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LES AMIS d'ETTY HILLESUM

ETTY HILLESUM
MIDDELBURG 1914 - AUSCHWITZ 1943

EttyEtty
Ce n'est plus moi en particulier qui veux ou dois faire telle ou telle chose, la vie est grande, bonne, passionnante, éternelle, et à s'accorder tant d'importance soi-même, à s'agiter et à se débattre, on passe à côté de ce grand, ce puissant et éternel courant qu'est la vie.
12 décembre 1941.



EXTRAITS DES ÉCRITS D'ETTY HILLESUM

Les extraits que nous donnons ici proviennent des écrits publiés aux éditions du Seuil :

  • Une Vie Bouleversée, Journal (1941-1943) (Seuil - 1985).
  • Lettres de Westerbork (Seuil - 1988).
  • Les Écrits d’Etty Hillesum, Journaux et lettres 1941-1943 (Seuil - 2008)

H  comme  Humour Etty_humour

J'aime la compagnie de groupes de gens, je sais apprécier alors un mot, un geste, un sourire, telle ou telle expression sur un visage. Et par-dessus tout, l'humour, que l'on parvient à retrouver toujours et partout.
5 août 1941

Aujourd’hui nous sommes entrés ici dans l’ère sans bicyclette … En tout cas nous n’avons plus à redouter qu’on nous vole nos vélos. Voilà qui soulagera nos nerfs. Autrefois, dans le désert, nous nous sommes très bien débrouillés sans vélo, et pendant quarante ans.
25 juin 1942

C'est ce qu'il y a de pire dans ma fatigue : j'en perds mon humour. Et mon humour est ce qui me donne du ressort, surtout par les temps qui courent.
5 juillet 1942

…Et ce soleil radieux qui inonde la lande, il devrait être mort de honte, au fond.
25 août 1942, Westerbork

Parfois, en marchant dans le camp, je ris toute seule, en silence, des situations totalement grotesques, il faudrait vraiment être un très grand poète pour les décrire, j'y arriverai peut être approximativement dans une dizaine d'années.
Lettre à Han Wegerif et autres.
5 au 9 juillet 1943, Westerbork

Cette baraque ressemble à une ruelle orientale, pittoresque et étouffante.
8 août 1943, Westerbork

Nous ricanons beaucoup ensemble, papa et moi, mais on ne peut pas dire que nous riions vraiment. Il a un humour fondamental qui s'approfondit et pétille d'autant plus que le grotesque de la clochardisation où il est engagé prend des proportions plus catastrophiques.
7 août 1943

Il faut une santé de fer pour survivre à cet hôpital, dit papa ; malade, on n'y arrive certainement pas.
7 août 1943, Westerbork

P comme Pensée Etty_pensee

Il me manque un leitmotiv. Un fleuve souterrain unique et fixe ; la source intérieure ou je m'abreuve s'envase perpétuellement et puis je pense trop.
4 août 1941

Ma tête est l'atelier où toutes choses de ce monde doivent être pensées et amenées à la clarté. Et mon cœur est le four rougeoyant où tout doit être éprouvé et souffert.
15 août 1941

Quand je me sens physiquement si mal en point, je devrais arrêter la machine à penser, mais c'est généralement dans ces moments-là qu'elle commence à s'emballer et à démolir tout ce qui peut être démoli.
23 août 1941

Cesser de vouloir que ma vie porte ses fruits dès maintenant. Mais j'ai trouvé le remède. Je n'ai qu'à m'accroupir sur le sol, dans un coin et ainsi blottie, à écouter au-dedans de moi. Ce n'est pas de penser qui me tirera d'affaire. Penser, c'est une grande et belle occupation  dans les études, mais ce n'est pas ce qui vous tire de situations psychologiques difficiles. Il y faut autre chose. Il faut se rendre passif, se mettre à l'écoute. Retrouver le contact avec un petit morceau d'éternité.
5 septembre 1941

Garder le troupeau désordonné de ses pensées, des sentiments, des émotions, des sensations, des expériences, des réactions, donne-moi donc un mot pour exprimer tout cela. Le garder comme un bon pasteur. Je me sens de nouveau comme ce bon pasteur.
20 décembre 1941

Quand je marche ainsi dans les rues, ton monde (1) me donne beaucoup à penser – non penser  n'est pas le mot, j'essaie plutôt de pénétrer les choses grâce à un sens nouveau.
22 juillet 1942
(1) s'adresse à Dieu

Le cœur pensant de la baraque.
15 septembre 1942

Car le grand obstacle, c'est toujours la représentation et non la réalité. La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s'y attachent - on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules et c'est en la portant que l'on accroît son endurance. Mais la représentation de la souffrance (qui n'est pas la vraie « souffrance », car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse) il faut la briser. Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces, et l'on devient capable de supporter la souffrance réelle, dans sa propre vie et dans celle de l'humanité.
30 septembre 1942

La nuit, étendue sur mon châlit au milieu de femmes et de jeunes filles qui ronflaient doucement, rêvaient tout haut, pleuraient tout bas et s'agitaient, les mêmes qui affirmaient dans la journée: "Nous ne voulons pas penser", "Nous ne voulons pas sentir, sinon nous allons devenir folles", j'étais souvent prise d'un attendrissement infini et je demeurais éveillée, laissant défiler devant moi les événements et les impressions toujours trop nombreuses d'une journée toujours trop longue, et me disant : "Faites que je sois le cœur pensant de cette baraque." Je voudrais l'être de nouveau. Je voudrais être le cœur pensant de tout un camp de concentration.
3 octobre 1942, Amsterdam

La somme de souffrance humaine qui s'est présentée à nos yeux durant les six derniers mois et continue à s'y présenter chaque jour dépasse largement la dose assimilable par un individu durant la même période. C'est pourquoi l'on entend répéter autour de soi tous les jours et sur tous les tons: "Nous ne voulons pas penser, nous ne voulons pas sentir, nous voulons oublier aussi vite que possible." Il me semble qu'il y a là un grave danger.
Lettre à 2 sœurs de La Haye
Fin décembre 1942

P comme  Pardon Etty_pardon

Aimer ses parents au plus profond de soi. C'est-à-dire leur pardonner toutes les difficultés qu'ils vous ont fait endurer du seul fait de  leur existence : par la dépendance, le dégoût, le poids de la complexité de leur vie ajouté au fardeau déjà lourd de vos propres difficultés.
28 novembre 1941

…une idée m'a soudain traversé l'esprit comme un éclair paradoxal : "Il faut pouvoir pardonner à quelqu'un qui, à un moment donné, vous a beaucoup plu." Je veux dire : on ne peut formuler l'exigence injuste qu'il continue à vous plaire toujours autant. Et on n'a certainement pas le droit de reprocher à quelqu'un en son for intérieur, même dans le plus petit coin inaperçu de son cœur, qu'il vous plaise moins. C'est une tragédie éternelle dans les relations humaines. La vie donne, la vie prend. Elle vous donne parfois de beaucoup aimer quelqu'un, d'être brièvement amoureux de quelqu'un, d'être fasciné par quelqu'un, et elle reprend ces dons à un moment inattendu. Et l'être pour qui l'on avait un jour pris feu et flamme, se retrouve soudain si dépouillé, si nu, devant vous. Mais on ne peut, la plupart du temps, rien y faire. Et peut-être que l'on est tombé aveuglément amoureux, sans vraiment tenir compte de la réalité. Puis survient soudain une réalité, à laquelle l'amour ne s'adapte plus. Et l'autre ne peut rien y faire. On ne peut d'ailleurs pas toujours y faire grand-chose soi-même. Mais il ne faut pas se le reprocher mutuellement. Il faut  être reconnaissant à la vie pour les instants inspirés qu'elle nous a fait connaître avec d'autres, mais il faut pouvoir se résigner et accepter quand cet état disparaît et, surtout, il ne faut pas le reprocher à l'autre. Ce n'est pas dû à l'autre, cela vient de la vie. Et en l'occurrence, on ne peut rien forcer.
22 juin 1942

Il faut apprendre à vivre avec soi-même comme avec une foule de gens. Et l’on découvre alors en soi tous les bons et les mauvais côtés de l’humanité. Il faut d’abord apprendre à se pardonner ses défauts si l’on veut pardonner aux autres.
C’est peut-être l’un des apprentissages les plus difficiles pour un être humain, je le constate bien souvent chez les autres (et avant, je pouvais l‘observer sur moi-même aussi, mais plus maintenant), que celui du pardon de ses propres erreurs, de ses propres fautes. La condition première est de pouvoir accepter, et accepter généreusement, le fait même de commettre des fautes et des erreurs.
22 septembre 1942

Cette époque, que nous vivons en ce moment, je suis capable de la porter, de la porter toute entière sur mes deux épaules sans céder sous son poids, et je suis capable aussi de pardonner à Dieu que les choses soient ce qu’apparemment elles doivent être. Dire que l’on peut avoir assez d’amour en soi pour pardonner à Dieu !! »
Juillet 1942 Lettre à Julius Spier

 



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